Se prémunir contre les criminels financiers à l'ère de la banque numérique et de l'IA

Chaque année, d'importantes sommes d'argent sont perdues à cause du blanchiment. L'utilisation appropriée de l'intelligence artificielle (IA) pourrait cependant permettre au secteur financier d'économiser des millions annuellement et constituerait une opportunité dont les banques européennes devraient tirer meilleur parti. 

Qu'elle soit positive ou négative, la technologie a transformé notre société et contraint les institutions financières à se moderniser rapidement. Dans l'UE, le Digital Economy and Society Index (DESI), qui suit les progrès numériques dans les États membres de l'Union, est en constante augmentation. À l'échelle mondiale, les dépenses consacrées aux technologies et aux services de transformation numérique devraient atteindre 3 400 milliards de dollars d'ici à 2026. 

Nous vivons désormais à l'ère du numérique, ce qui offre aux banques et aux sociétés de services financiers d'innombrables possibilités d'améliorer la façon dont nous gérons les capitaux par le biais de la technologie. Mais tout comme les organisations bancaires, les malfaiteurs peuvent également profiter de ces possibilités. 

Dans l’ensemble de l'Europe, nous constatons d'énormes pertes financières alors que les auteurs de blanchiment d'argent deviennent experts du monde numérique. Selon la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF), en Belgique, en deux ans seulement le montant des transactions suspectes a été multiplié par près de quatre (de 151 millions d’euros à 549 millions). Par ailleurs, entre 2020 et 2022, la CTIF a vu grimper de 50% les soupçons de blanchiment qui lui ont été adressées. Au niveau mondial, plus de deux mille milliards de dollars sont perdus chaque année à cause du blanchiment d'argent. 

Par ailleurs, si les lois anti-blanchiment ne sont pas rigoureusement appliquées, cela en devient coûteux pour les banques elles-mêmes. Ces dernières années, des banques européennes ont été condamnées à des centaines de millions d'euros d'amende pour insuffisance du travail de lutte contre le blanchiment et de surveillance des clients - également connu sous le nom de "principe de connaissance du client". 

Les banques économiseraient pourtant beaucoup d'argent si elles pouvaient faire obstacle au blanchiment de capitaux. Tout comme l'IA peut être utile aux législateurs ou aux criminels, tirer parti de ses capacités est également un moyen efficace pour les banques d'y parvenir. Bien que les opérations quotidiennes des institutions financières soient désormais digitalisées et largement modernisées, une grande partie des fonctions de conformité demeurent encore manuelles, laissant de la place pour des avancées numériques majeures. ​ 

Une importante partie du travail lié à la lutte contre le blanchiment d'argent et à la conformité pourrait notamment être rendue plus efficace grâce à l'utilisation de l'intelligence artificielle et du machine learning. Ces techniques sont en effet capables de passer au crible les données et d'identifier des schémas ou des informations suspects. En d'autres termes, comme la technologie peut facilement passer au crible d'énormes quantités de données et en tirer des enseignements, elle peut aussi être utilisée pour identifier automatiquement les fraudes et les transactions indiquant un blanchiment d'argent et surtout les signaler rapidement en vue d'un traitement ultérieur. Plus particulièrement lorsque la technologie est utilisée de manière appropriée et en collaboration avec des experts humains, il est possible de construire un avenir hybride de la conformité dans lequel ces ordinateurs identifient les irrégularités tandis que les individus se concentrent sur la lutte contre la criminalité financière en s'appuyant sur les connaissances générées par l'IA. 

Les opportunités sont énormes, mais ces changements stratégiques prennent du temps. À titre d’exemple, cela fait plus de deux ans que l'Autorité Bancaire Européenne a publié des lignes directrices pour aider les banques à mettre en place un suivi en temps réel afin de réduire le blanchiment d'argent. Aujourd'hui, seule une banque, la Bank of Valletta à Malte, a annoncé qu'elle prendrait des mesures pour mettre en place un système de surveillance en temps réel susceptible d'empêcher l'argent noir de tomber entre les mains de criminels. Le changement exige un temps considérable et à ce jour, les institutions financières n'utilisent pas toujours les bons outils, malgré les pertes potentielles en jeu. 

Bien que certaines banques européennes aient mis en œuvre des solutions basées sur l'intelligence artificielle pour lutter contre la criminalité financière, un long chemin reste à parcourir avant que les organismes financiers puissent s'appuyer sur un dispositif de défense solide composé d'une combinaison de personnes, de processus et de plateformes. Si nous voulons parvenir à stopper la criminalité financière à grande échelle, il est pourtant nécessaire d'aller plus vite dans l’accompagnement de l'évolution de l'IA dans le secteur bancaire. 

Pour maintenir la confiance que les particuliers et les institutions accordent au secteur financier, celui-ci doit se doit de suivre les évolutions technologiques. Par ailleurs, les institutions financières européennes doivent agir en exemple afin de s'assurer que notre région ne devienne pas un espace où des réseaux criminels sophistiqués et des flux financiers illicites peuvent opérer dans l'obscurité. 


Niina Close

Senior PR Account Executive, Ogilvy Social.Lab

 

 

 

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